Une étude inédite sur les disparités à l'aune de l'orientation sexuelle

04.10.2017

En Suisse comme à l’échelle européenne, il existe peu de données chiffrées sur les problématiques fréquemment rencontrées par les jeunes lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres et en questionnement (LGBTQ) comme les violences, la délinquance ou la consommation de stupéfiants. Si ces thématiques se révèlent bien décrites dans la littérature spécialisée, les enquêtes intégrant le facteur de l’orientation sexuelle, elles, ne sont pas monnaie courante. Une carence qui non seulement entrave un monitorage efficace des inégalités, mais limite encore le développement de politiques de prévention.

Pour combler cette lacune, l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive (IUMSP) a publié un document sur la question, paru dans le numéro 279 de sa revue électronique « Raisons de santé ». Financé par différents organismes publics et intitulé « Enquêtes populationnelles sur la victimisation et la délinquance chez les jeunes dans les cantons de Vaud et Zurich. Les jeunes non-exclusivement hétérosexuel-le-s : populations davantage exposées ? », ce rapport a été rédigé par l’association VoGay, qui a analysé les données récoltées lors de deux études menées en 2014 auprès d’élèves vaudois et zurichois en dernière année de scolarité obligatoire.

Dans chacun des deux cantons, environ 2'500 jeunes ont répondu à un questionnaire identique destiné à évaluer la tendance sexuelle, l’intérêt de l’enquête résidant dans la distinction entre ceux dont l’attirance était exclusivement hétérosexuelle et ceux dont l’attirance était non exclusivement hétérosexuelle. Il s’agissait en effet, dans un premier temps, de déterminer la proportion  d’écoliers à la préférence non exclusivement hétérosexuelle, qui s’est avérée représenter 4,7% de l’échantillon valdo-zurichois. Dans un second temps, l’objectif consistait à identifier dans quelle mesure ces adolescents pouvaient présenter davantage de vulnérabilité que leurs camarades à l’égard de certaines problématiques telles que la victimisation, la délinquance, la consommation de substances psychoactives, le harcèlement en milieu scolaire ou encore les problèmes de santé.

Après examen des statistiques recueillies selon une méthodologie commune aux deux groupes étudiés, il ressort que les élèves faisant partie de minorités sexuelles courent des risques accrus à de multiples niveaux: ils sont davantage sujets au racket et au brigandage (8,7% contre 5,1% pour les jeunes à l’attirance exclusivement hétérosexuelle), sont proportionnellement plus nombreux à être victimes de sévices sexuels (8,7% contre 2,4%), de lésions corporelles (11,5% contre 6,8%), de harcèlement (18,1% contre 4,2%) et de cyber-harcèlement (6,8% contre 3,4%), consomment plus de tabac (23% contre 13,8%), d’alcool (12,3% contre 7,7%) ou de cannabis (11,5% contre 5,2%) et font davantage état d’une mauvaise santé générale (24,9% contre 9,9%), de symptômes psychosomatiques (74,7% contre 51,9%), d’épisodes dépressifs (56,3% contre 35,5%) et d’un climat de classe négatif (14% contre 7,2%).

Ces résultats démontrent, s’il le fallait encore, que les jeunes LGBTQ constituent une catégorie de population particulièrement fragile, exposée tout à la fois à l’oppression extérieure et à la détresse intérieure. Aux adversités affrontées au moment de la découverte de l’orientation sexuelle s’ajoute un stress quotidien du fait d’appartenir à une communauté encore trop souvent stigmatisée. Il s’agit là d’un signal à adresser aux institutions publiques afin qu’elles redoublent d’efforts d’une part en luttant contre l’homophobie et la discrimination, d’autre part en mettant en place des campagnes de promotion de la santé auprès du public concerné, car seul un engagement collectif permettra de mettre un terme à la violence au sein des minorités.

NF/USL